vendredi 18 février 2011

Au bout du bout du Monde...

Le Perito Moreno, ça jète un froid !
Nous avons quitté San Carlos de Bariloche sans vous avoir pris le temps de répondre à une question récurrente : A-t-on croisé Florent Pagny ? Hélas, non. Et pour cause : le chanteur au poncho et sa femme ex-top-model auraient récemment déserté la Patagonie (pour Miami) qui rendait le chanteur si singulier aux yeux de la presse hexagonale. Etait-il si fou pour aller vivre dans le sud de l'Argentine ? Replaçons quelque peu le mythe de Pagny en Patagonie. Il habitait près de Bariloche (le Megève de Patagonie), était propriétaire d'une hacienda de 4.000 hectares (dont un lac avec une cabane) et de plusieurs centaines de têtes de bétails. Ça remet en perspective la vision qu'on a sur ce type de déracinement. Toutefois, au vu de la nature environnante et du bon-vivre, nous comprenons ce choix d'exil doré.


Au cours de notre voyage, il nous est arrivé d'effectuer des étapes non indispensables. Pour des raisons aussi distinctes que de réduire la durée d'un trajet de bus ou tout simplement de ralentir la cadence. Ces arrêts non prévus, y passer une nuit, sans savoir sur quoi tomber, se sont bien souvent révélés judicieux. Ce fut le cas pour Paraná (Argentine, entre Buenos Aires et Puerto Iguazu) et pour Valdivia (Chili, entre Villarica et Chiloé). On y a assisté respectivement à la Fête du Printemps et à la Fête de la Bière. Au-delà des festivités, c'était autant d'agréables promenades à travers la cité sous la douceur du soleil. Des débrayages dont les côtés spontanés, imprévus, brefs -on n'y est pas resté assez longtemps que pour s'ennuyer- rendent ces moments exquis.
C'est dans cette catégorie qu'on peut classer Esquel. Au dernier moment, on a décidé de scinder le trajet Bariloche - El Calafate (30 heures de bus) en deux et de s'arrêter dans cette bourgade. Cet arrêt s'est transformé en une randonnée sur les hauteurs loin de l'agitation touristiques et en une soirée sociale sur la place centrale à manger des empanadas tout en profitant de petits concerts.

Suite à cette escale sympathique, nous sommes arrivés à El Calafate. Cette ville doit son nom à un petit arbuste local, Le berbéris à feuilles de buis, aux baies rouge foncé. A nouveau, le centre-ville est très touristique (restaurants, bars, magasins de souvenirs, hôtels, hostels, hostals, etc.) et fait penser quelque peu à une station de ski. Le but de cette halte fut de nous rendre au glacier Perito Moreno. Dans la région, il y a plusieurs glaciers qui se forment en altitude, dans les Andes, par l'accumulation des neiges.
Nous avons profité du spectacle du Perito Moreno durant toute une journée. De plus, nous avons joui d'une météo splendide (ciel bleu et chaleur), temps paraît-il assez exceptionnel à cet endroit. Le glacier était très impressionnant, surtout lorsqu'un bloc de glace s'y détache et tombe dans l'eau avec fracas. Nous n'avons pas vraiment vu tout un pan du glacier tombé devant nos yeux, mais les petits morceaux qui se détachaient faisaient déjà un bruit du tonnerre ! Nous ne pouvons qu'imaginer ce que ça doit être quand d'énormes morceaux s'arrachent de cette montagne glacée. Nous avons donc passé la journée à nous balader le long du lac Argentino, sur les passerelles face au Perito et sur un bateau qui nous a conduit au pied du glacier. Quelques chiffres : 60 mètres de hauteur immergés de l'eau, 160 mètres sous l'eau ; la perte de glace est compensée par une avancée journalière de 2 mètres. Un des rares glacier au monde a ne pas perdre du terrain, que du contraire. C'est également l'un des glaciers les plus bas de la terre, moins de 2000 mètres d'altitude. Ses couleurs, ainsi que celles du lac, sont également très impressionnantes : blanc, bleu, vert... Ça change suivant la luminosité, la présence de nuages, etc.

Survint ensuite le second long trajet en bus de la semaine qui nous a fait quitter le continent pour découvrir la Terre de Feu et plus particulièrement Ushuaïa, la ville la plus australe du monde ! Nous avons de cette manière traversé le détroit de Magellan. A Ushuaïa, nous avons logé dans un bed and breakfast où Mónica fut pour nous aux petits soins. Le prix y était, mais le service que nous y avons reçu le justifiait amplement. Rien à redire.
Le premier jour, nous avons grimpé jusqu'à un glacier, le glacier El Martial, qui à côté du Perito Moreno était ridicule, mais qui offrait un superbe point-de-vue sur la cité d’Ushuaïa, sur sa baie et le canal Beagle. Nous nous sommes ensuite promenés dans la ville et avons découvert le fameux panneau Fin del Mundo.
Le deuxième jour au bout du monde, c'est-à-dire le 14 février, ou si vous préférez le jour du cumpleaños d'Émilie, nous avons découvert le parc national de la Terre de Feu. Cinq à six heures de marche le long de l'eau (une branche du canal Beagle), à la limite de la frontière argentino-chilienne. C'était magnifique : forêts, montagnes au sommet enneigé, eau, oiseaux, lapins, un zorro et l'habitat des castors, ...
Après cette journée exténuante, en effectuant nos courses dans le supermarché local "La Anonima", nous sommes tombés sur le couple franco-néerlandais, Philippe et Inge, qu'Emilie avait rencontré en Bolivie. Bonjour l'anonymat ! C'est avec eux qu'on a passé notre dernière soirée du bout du monde, à leur hôtel, autour de quelques bières, à s'échanger nos aventures. Pour l'anecdote, ils ont été souvent en Belgique, à Wavre plus particulièrement, et ont vécu plusieurs années à Grenoble. Peut-être que Stéphane les avait déjà croisés sans le savoir ;)
Voilà ce qui en est de nos péripéties et sentiments de voyageurs-touristes pour ce lieu rendu célèbre par Nicolas Hulot. Mais Ushuaïa et l'ensemble de la Terre de Feu connaissent également une réalité sociale qui laisse nettement moins rêveur. Halte aux longs discours. Nous vous invitons à écouter Daniel Mermet et son émission radiographique Là-bas si j'y suis qui a réalisé un reportage en janvier 1996 (et rediffusé en décembre 2009) intitulé "Ushuaïa, voyage en terre de feu". Un regard différent sur ce bout du monde...

Dans le domaine des questions métaphysiques qui nous préoccupent, nous avons obtenu la réponse à une de nos interrogations existentielles : vend-on des produits douches Ushuaïa à Ushuaïa ? Négatif ! Prochaine énigme à résoudre, peut-on acheter du Tahiti Douche à Tahiti ? Et le cas échéant, y guette-t-on la venue de la pluie pour profiter de son action nettoyante et ce dans des sous-bois exotiques...

On termine ce message par un paragraphe où on s'octroie le plaisir de nous plaindre. Oui, on a de la chance de faire ce qu'on fait, d'être là où on est mais nous exigeons le droit de nous apitoyer. Le sujet est tout trouvé : les bus en Patagonie et plus précisément la compagnie Taqsa-Marga ! C'est décidé, il s'agit de notre punching ball et on se défoule maintenant. Il n'y a presque pas de compagnies qui desservent le sud de l'Argentine. Conséquence, éviter Taqsa/Marga relève du casse-tête. A deux reprises, on a bénéficié -subir serait plus judicieux- de leurs services. Premier trajet, Esquel - El Calafate : 25 heures de bus. Aucune restauration prévue de tout le trajet, 4 arrêts (dont deux entre minuit et quat'du mat') de 5 minutes montre en main. Autant dire que c'est un peu juste pour aller à la chasse à la nourriture et de toilette (pour rappel, dans les bus c'est prohibido de defecar). Deuxième acte, Río Gallegos - Ushuaïa. Trajet de 12 heures qui s'est transformé en un trajet de 15 heures. Même scénario question nourriture, on ne change pas une équipe qui gagne. Service supplémentaire, le chauffage au sol qui fonctionne avec impossibilité pour les chauffeurs de le couper. On compense la chose par l'activation très régulière de la climatisation. Conséquence inéluctable, l'air-co qui explose à peine arrivé en Terre de Feu. Après une halte forcée de 40 minutes pour tenter de réparer l'irréparable, nous avons continué notre route, les fenêtres ouvertes au vent et à la poussière tout en ayant le chauffage en surchauffe. En bonus track, nous vous contons la mésaventure d'Inge et Philippe avec cette même compagnie. Durant le trajet El Chaltén à Calafate, suite à un excès de vitesse manifeste, leur bus s'est couché à la sortie d'un tournant ! Côtes fêlées, mal de dos et autres blessures en conséquence. Au final, ils s'en sortent plutôt bien, mais ils ont de quoi être traumatisés.

Profitons de ce trajet vers Ushuaïa pour pousser un vibrant cocorico et saluons l'Espace Schengen ! La libre circulation a ses bons côtés. Pour preuve, ce petit cas d'école : aller à Ushuaïa par des moyens terrestres en partant de la Patagonie argentine. Pour cela, il faut obligatoirement passer par le Chili. Il n'existe pas de notion de transit. Dès lors, nous avons passé deux frontières, Argentine/Chili et Chili/Argentine, pour un ensemble de quatre postes frontières. Ce n'est pas un ni deux ni trois mais bien quatre tampons -une sortie d'Argentine, une entrée au Chili, une sortie du Chili et finalement une entrée en Argentine- que notre passeport a eu droit dans une même journée. Sans oublier l'attente cumulée de 3 heures.

P.S. de Stéphane : Notre randonnée dans le parc national Tierra del Fuego me donne l'occasion de raconter une anecdote moqueuse au détriment d'Émilie. Le lieu-dit Ensenada Zaratiegui dans la baie Lapataia est le point de départ de la promenade. S'y trouve l'agence postale la plus australe du monde et surprise, on peut y faire tamponner son passeport. Et là, le drame ! Alors que j'extrais mon sésame international avec une certaine jubilation non dissimulée, un vent glacial frappe l'échine de mon dos. Mon instinct de survie m'oblige à me retourner, et mon regard croise celui de ma comparse de voyage. Des lueurs successives de solitude, de colère, de haine et finalement de jalousie qui m'étaient jusqu'alors inconnues se dégagent des yeux de cette dernière. Vous l'avez compris, Émilie avait oublié son document d'identité au logement. Alors que je me dirigeais vers le cabanon postal,  la petite fille triste s'assit en boule de nerfs sous la pluie. L'agent postal qui semblait bourru (à force de voir défiler des touristes ?) me fit mon superbe cachet avec des pingouins tandis que j'essayais de lui demander un tampon sur un papier pour ma novia. Soudain cette discussion fut interrompue par l'arrivée brusque de ma charmante routarde en entonnant un "non, pas besoin" du plus belle effet. Au moment de quitter la petite cabane, le postier attrapa la main d'Émilie et lui glissa un passeport fictif avec tous les cachets idoines ! Et pour ne pas faire de jaloux ou par sympathie au vu de ce que je supporte, il m'offrit une bouteille de la bière locale Cap Horn. Était-ce dû à la fête des amoureux ? Cette surprenante et inoubliable rencontre se termina par une photo souvenir. On a pu ensuite prendre le chemin longeant la baie Lapataia du canal Beagle avec le sourire et dans la bonne humeur.

Nota bene : A l'heure d'écrire ces lignes, nous faisons une brève incursion au Chili. Nous sommes à Puerto Natales et nous nous apprêtons à défier la beauté du parc national Torres del Paine. Au programme, un trekking de 3 jours durant lesquels nous passerons nos nuits dans des refuges. L'occasion d'enfin utiliser nos sacs de couchage ! Après cette expédition, nous remettrons le cap vers l'Argentine et nous arrêterons nos zigzags entre les deux pays afin de découvrir la côte atlantique argentine et plus précisément la péninsule Valdés.


Liens :
  Le blog de Inge et Philippe : http://route44.uniterre.com
  Émission radio "Ushuaïa, voyage en terre de feu" : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1805
  Pub Tahiti Douche "Contient du paradis" : http://www.ina.fr/pub/hygiene-beaute-sante/video/PUB3784137143/tahiti-douche-gel-douche-monoi.fr.html
 
Albums photos :

3 commentaires:

  1. Vous aviez cru être incognito?? Ils sont partout ces Franco-Neerlandais!! J'espère que les bières partagées étaient bonnes:)

    Bonne route les amoureux
    Et puis Bon Anniversaire Emilie (oui oui avec un peu de retard, on parlera du retard parisien)!!!!

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  2. Très très belles photos du bout du monde. Cela vous fera un vrai changement lorsque vous serez de retour en Belgae.
    Profitez en bien pour vos dernières randonnées.
    Big Biz Pat.

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  3. Inge & Philipe1 mars 2011 à 02:22

    Il y a pire que toi Emilie : nous avions nos passeports mais nous ne savions pas qu'il y avait un tampon dans la cabane du pecheur!! Zut alors

    On espere que votre voyage se deroule à merveille!!
    Nous sommes actuellement à Arica, Chili et passons la frontiere avec la Bolivie mercredi pour faire la fete à Oruru...

    Hasta luego

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