mercredi 23 février 2011

Torres del Paine, ça vaut la peine !

Avant de nous rendre au parc national Torres del Paine, chaque personne qu'on croisait nous faisait comprendre qu'il s'agissait de l'étape à ne pas manquer au Chili. Passage obligatoire pour qui ose se qualifier de Routard. Pour sûr que jamais l'idée de ne pas s'y arrêter ne nous a traversée l'esprit. Torres del Paine, c'est le Disneyland du randonneur !


Après Ushuaïa, nous prenons la destination de Puerto Natales, petit port chilien aux maisons de bois colorées, afin de pouvoir organiser au mieux ce séjour de grandes randonnées. Nous logeons chez une Mamita qui règle notre excursion de A à Z. Elle nous concocte les différentes ballades possibles, nous communique le nom des refuges où nous dormirons ainsi que l'adresse des agences pour y réserver les lits et finalement nous réserve le bus aller-retour vers le parc. Il ne nous reste plus qu'à préparer notre sac à dos et banzaï ! Plus qu'à ... Faire entrer ce dont on a besoin  (vêtements, sacs de couchage et nourriture) pour survivre durant trois jours dans un sac à dos et laisser tout le reste dans un second mochilla, c'est le point le plus périlleux. Après deux heures de diverses tentatives, le sac à dos de Stéphane au bord de l'explosion restera à Puerto Natales chez la vieille dame tandis qu'on prend celui d'Emilie pour la vie sauvage.

Vendredi 18 février, 7h30, un bus rempli de touristes s'immobilise devant notre résidence. Juste le temps de grimper dedans qu'il repart dans sa quête de personnes dont leur sac à dos semble ne faire qu'un avec leur corps... une sorte de seconde peau. Notre boussole indique la direction du Nord vers Torres del Paine. Le parc doit son nom à trois pics granitiques, véritables emblèmes, dont la plus haute culmine à 2.850m. Le circuit pédestre, Ze trek, le must reste le "W". En cinq jours et quatre nuits, 80 km de trekking au pied de ces trois formations montagneuses. Au programme une hétérogénéité paysagère : montagnes, glaciers, vallées,  forêts, étangs et de grands lacs. Tellement populaire que les t-shirts "I survived to the W" côtoient ceux estampillés "Pantagonia Man (flèche vers le haut), Pantagonia Legend (flèche vers le bas)" du meilleur goût. C'est bien simple, chaque personne qu'on croise nous demande si on fait le "W". Raté, on ne l'a pas réalisé. Nous nous sommes contentés des deux branches extrêmes du "W". On a fait un "V" en quelque sorte. We survived to the V ! Un total de 42 km pour 13 heures de marche répartis sur deux journées.

Revenons au vendredi 18, après 2 heures et demi de bus, nous arrivons dans le parc et à notre premier refuge, Refugio Las Torres. Loin du refuge de haute montagne comme on peut voir dans les Bronzés font du ski. Petit rappel, c'est le DisneyLand du Randonneur. C'est du refuge de masse, des dortoirs de 6 lits, une vraie petite usine. Soit, faisons abstraction et dirigeons-nous vers notre première marche. Objectif le mirador Torres, au pied des trois tours rocheuses, un petit glacier et un lac. Vingt kilomètres aller-retour, pour un dénivelé de 800 mètres (dont les 400 derniers dans le dernier kilomètre) pour un total de sept heures. Rendez-vous avec la nature, en phase avec nous-mêmes, loin du tumulte de... Holá!, Hello, Bonjour, Shalom, Gracias ... Aaaargh ce chemin est une vraie autoroute ! On croise sans cesse des gens, on en dépasse d'autres. A droite, à gauche, les sentiers s'érodent sous le poids des voyageurs. On ravale notre désolation en se disant que le paysage en vaut la peine. Et c'est ce qui se révèle lorsqu'on arrive à la fin du chemin. Les trois tours se dévoilent, les pieds dans l'eau glacée et la tête dans un tourbillon de nuages. Pause, le temps de prendre quelques photos, de respirer à grands poumons l'air ambiant et nous retournons sur nos pas. Fatigués mais émerveillés, nous redescendons la colline vers la vallée, là où nous attend notre repas du soir et surtout nos couchettes. Il est à peine 21h que nous nous glissons dans nos sacs.

Samedi 19, à peine levés que nous pensons déjà à la seconde branche du "W" que nous allons faire. Notre point de campement est cette fois-ci le refuge Paine Grande. Pour y arriver, nous empruntons une navette fluviale afin de traverser le Lago Pehoé. Nous arrivons à 14h au pied de notre ultime difficulté. Vingt-deux kilomètres à faire en 6 heures, si on veut être rentré à temps pour le dîner. Avec comme point culminant le glacier Grey. Peut-être pas aussi impressionnant que le Perito Moreno, mais au bout d'onze kilomètres d'efforts, on s'effondre devant le spectacle. Ou est-ce la fatigue ? Ascension légèrement plus facile que la journée précédente mais le soleil et la chaleur comblent la différence de niveau. C'est au cours de cette promenade que nous avons vu un condor des Andes. C'est tout bonnement magique et incroyable. Porté par le vent, il est passé plusieurs fois à moins de cinq mètres de nous. Quelle taille, quel oiseau immense ! On peut comprendre que l'animal fut mythique et vénéré par les Incas. L'apothéose de notre périple sud-américain ! C'est bon, nous pouvons rentrer maintenant.
Malheureusement, on devra se contenter de nos récits car les photos prises ne rendent pas l'effet et l'ampleur de la rencontre. Toujours est-il que cet évènement nous a donné les forces pour atteindre le glaciar et ensuite redescendre vers le refuge.

Dimanche 20. On a un peu honte, mais après autant d'efforts et surtout au vu de nos pieds, nous avons pris une matinée calme au parc. Sans trop nous éloignés sur les sentiers balisés. Du repos au programme et l'attente du bateau et ensuite du bus qui nous reconduit à Puerto Natales. On devait s'octroyer du temps pour ficeler nos bagages car le lendemain matin de bonne heure, nous quittions le Chili pour la côte atlantique argentine.

Paradoxalement, nos deux nuits en refuge furent nos nuits les plus chères de notre aventure. Pour partager la chambrée avec quatre autres personnes, leurs ronflements (les nôtres nous perturbent moins), les odeurs de pieds, avec un sac de couchage comme unique drap, la chanson de Pierpoljak "Je sais pas jouer" avant de s'endormir, ainsi que les douches et toilettes communes, on s'en rappellera de notre nuit la plus chère :)

La question qui nous a trotté durant toute l'aventure : Pourra-t-on passer la frontière argento-chilienne avec nos chaussettes de rando ? Les douanes contrôlent les bagages pour vérifier qu'on importe pas de végétaux (fruits, légumes) ou autres produits d'origine animale (viande, miel, etc.) sur leur territoire. A la vue (et à l'odeur) de nos chaussettes, on pouvait légitimement se poser la question si elles ne rentraient pas dans une de ces deux catégories...

Une petite remarque. Lorsqu'on demandait ce qu'on devait prendre comme vêtements pour cette expédition, inexorablement on nous répondait qu'on pouvait connaître les quatre saisons sur la même journée (une variante parle d'autant de saisons sur la même heure). Caprices du climat. Sauf que nous, on a connu qu'une seule et unique saison : l'été ! Stéphane a maudit toutes ces personnes durant la première ballade alors qu'il portait sur lui, selon la technique de l'oignon : sous-vêtements de corps, micro-polaire, polaire et veste coupe-vent ;)

En conclusion, malgré la quantité incroyable d'hommes-sac-à-dos et le côté parc d'attraction (il ne manquait que les panneaux indiquant le temps d'attente dans les files), Torres del Paine valait la peine, le détour et le déplacement. Les décors sont tout simplement indescriptibles, la faune et la flore rarement aussi dense en un même lieu. Les efforts consentis nous a rappelé l'état peu enviable de notre condition physique, il est temps pour nous d'envisager les quinze derniers jours du voyage en roue libre et en totale décontraction. C'est la péninsule Valdés et ses animaux marins qui s'offrent désormais à nous. Avant de remonter à Buenos Aires qu'on fera sans doute précéder par une escale à Mar del Plata, la station balnéaire d'Argentine.


Album photo :

2 commentaires:

  1. Suis-je le premier à vous lire ? Merci pour tous ces récits, très détaillés; la pointe d'humour étant toujours appréciée. N'avez-vous pas pensé au Condor du Temple du Soleil ? Alors bonne fin de "promenade" et à vous revoir bientôt. Big Biz. Pat.

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  2. Hello,
    Je vous confirme que vous auriez du avoir chaud et froid. Que vous auriez du être douchés et enneigés... Alors plutôt que de vous plaindre d'avoir pris trop de vêtements, soyez heureux d'avoir pu prendre d'aussi belles, non splendides, photos !! Et dites vous que vous y retournerez en novembre... C'est sur on a moins chaud (enfin ça dépend du moment) mais il y a aussi beaucoup moins de monde !
    Profitez bien de votre semaine de vacances. Vous l'avez certainement bien méritée !
    Et préparez (mentalement) vous lentement et doucement au retour...
    Ici on vous attend !
    Je vous embrasse !
    lô

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